Depuis 2022 ans, le Syndicat Loire Aval (SYLOA) conduit en concertation avec les acteurs de l’eau du territoire, une étude destinée à mieux comprendre l’évolution de la ressource en eau dans l’estuaire de la Loire et à identifier les secteurs en déséquilibre d’ici 2030 et 2050. La Commission locale de l’eau (CLE) a validé, le 25 novembre, les résultats de cette étude, qui dresse un état des lieux complet des débits des cours d’eau selon les mois de l’année, en prenant en compte les prélèvements et les restitutions effectués.
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Définir les débits nécessaires à une vie aquatiques non dégradées
L’étude HMUC définit les débits minimaux nécessaires à la préservation d’une vie aquatique non dégradée dans les rivières. Il s’agit des premières indications qui permettront de définir la répartition des prélèvements en eau pour les différentes catégories d’usages (eau potable, irrigation agricole, industries, …) en fonction des débits et des périodes de l’année.
Les analyses mettent en évidence que plusieurs secteurs connaissent des baisses de débits significatives en période d’étiage (période de plus bas niveaux), avec des situations de tension dès le printemps. Les projections climatiques indiquent une poursuite de cette tendance, avec une baisse estimée d’environ 30 % des débits estivaux à horizon 2030, et jusqu’à 60 % en septembre d’ici 2050. Les débits hivernaux devraient, quant à eux, augmenter en lien avec des épisodes pluvieux plus marqués.
Cette étude sera suivie par la construction d’un Projet de territoire pour la gestion de l’eau (PTGE), qui définira les volumes prélevables dans nos cours d’eau. Dans ce cadre, une analyse socio-économique sera lancée en 2026 par le SYLOA, pour évaluer les impacts des recommandations de prélèvements sur les différents usages du territoire.
Un premier état des lieux des usages de l’eau sur le territoire
L’étude a analysé la répartition des différents usages de l’eau. Les prélèvements significatifs dans les eaux de surface (en dehors de ceux liés à l’industrie énergétique qui rejette la quasi-totalité des eaux prélevées) concernent, en premier lieu, l’alimentation en eau potable (49 %), suivie de l’évaporation liée aux plans d’eau (20 %) et de l’irrigation agricole (13 %).
Une partie des volumes prélevés est ensuite restituée aux milieux aquatiques notamment par les rejets des eaux traitées des stations d’épuration dans les rivières, la Loire ou l’océan. À noter que les eaux des rejets ne rejoignent pas systématiquement les rivières où ont eu lieu les prélèvements. À l’échelle du bassin, 71 % des restitutions regagnent la Loire, 10 % sont rejetées vers l’océan, et le reste est réparti entre plusieurs sous-entités, notamment le Brivet amont ou l’Erdre.
Ce que révèle l’étude : des déficits localisés
L’étude fait apparaître plusieurs sous-entités où les prélèvements dépassent les restitutions, parfois dès le mois d’avril. Ces déséquilibres indiquent que certains cours d’eau sont particulièrement sensibles aux pressions estivales.
Sur plusieurs secteurs, les débits mesurés dans les cours d’eau sont déjà inférieurs aux niveaux nécessaires à la préservation d’une vie aquatique, en particulier entre avril et octobre. Cela signifie que, dès aujourd’hui, pour permettre à la vie aquatique de se développer et maintenir une biodiversité dans les cours d’eau, une réduction des prélèvements doit être opérée. Celle-ci pourra, selon les possibilités, être accompagnée d’une répartition optimisée sur l’année, afin d’éviter d’accentuer les tensions durant les mois secs.

Débits biologiques HMUC
L’impact significatif du changement climatique
Les projections révèlent que, même sans modification des usages, les débits estivaux devraient diminuer en 2030 puis en 2050. Ces niveaux d’eau plus faibles risquent, dans certains secteurs, de ne plus garantir les conditions minimales nécessaires au bon fonctionnement écologique des cours d’eau et à la biodiversité associée, à certaines périodes.
Certains secteurs apparaissent plus fragiles que d’autres : c’est notamment le cas des sous-entités de la Divatte, du Cens et du Montagné (sur l’Erdre), en tension tout au long de l’année, mais aussi du Hâvre, du Hocmard et du Gesvres, qui ne présentent des débits satisfaisants pour les usages qu’un à deux mois par an.
Prochaine étape : définir des volumes prélevables et un partage équilibré entre usages
Cette étude sera suivie par la construction d’un Projet de territoire pour la gestion de l’eau (PTGE), associant l’ensemble des acteurs locaux. Celui-ci définira notamment les volumes prélevables en période de basses eaux et leur répartition par catégorie d’usages, permettant de concilier les besoins humains et la préservation des milieux naturels. Dans ce cadre, une analyse socio-économique sera lancée en 2026 par le SYLOA, pour évaluer les impacts des recommandations de prélèvements sur les différents usages du territoire.
Ces résultats objectivent l’état réel de la ressource et soulignent l’importance de renforcer, dès à présent, les mesures mises en oeuvre pour rendre les territoires plus résilients face aux besoins en eau. Pour Jean-Sébastien Guitton, Président du SYLOA, «les résultats de cette étude montrent que nous allons devoir ajuster progressivement notre stratégie territoriale, en réduisant nos consommations et prélèvements, en adaptant nos pratiques et nos usages et en restaurant les milieux aquatiques pour qu’ils gagnent en résilience ».
Des données géographiques à compléter
Un certain nombre de sous-entités, notamment en aval (zones de marais et petits bassins côtiers), ne disposent pas encore d’assez de données pour établir un diagnostic robuste. Ces secteurs feront l’objet d’études complémentaires, nécessaires pour disposer d’une analyse homogène à l’échelle du SAGE Estuaire de la Loire.
Une étude construite avec une large concertation
L’étude a été conduite en associant un large panel d’acteurs du territoire. Tout au long de son élaboration, des temps d’échange ont réuni notamment des collectivités, des syndicats de bassin versant, des représentants agricoles dans leur diversité, des représentant des industriels, des associations environnementales et de consommateurs, des structures liées à l’urbanisme, le tourisme, la pêche, des chambres consulaires et des experts scientifiques. Cette concertation ouverte a permis de partager les constats, d’examiner les résultats à chaque étape et de construire une méthode commune.
Le financement
Cette étude est portée par le Syndicat Loire Aval, avec la participation financière de l’Agence de l’Eau Loire-Bretagne, de la Région Pays de la Loire et de l’État (dans le cadre du plan France relance).

CONSULTER LES DOCUMENTS DE L’ÉTUDE
Cette page rassemble les documents de l’étude en accès libre (comptes-rendus, présentations, rapports, glossaire, …)




