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Pascal Chellet, conchyliculteur

“Si les eaux conchylicoles sont bonnes, toutes les autres le sont”

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Conchyliculteur dans le traict du Croisic et président de la commission littoral au Comité de bassin Loire-Bretagne depuis 2008, Pascal Chellet se confie sur ses espoirs et ses attentes.

Quel est le rôle de la commission littoral ?

Elle suit toutes les questions relatives au littoral et à la qualité des eaux : que ce soit les eaux marines liées, notamment, aux activités de baignade et de conchyliculture, ou les eaux saumâtres ou douces des estuaires, marais littoraux… Elle a aussi un rôle consultatif et participe ainsi au suivi du SDAGE et des SAGE. Je succède à un autre conchyliculteur à la présidence de la commission non pour la gérer dans le seul intérêt de préserver notre profession mais pour travailler tous ensemble afin d’obtenir un bon état des eaux. Les eaux conchylicoles ont en effet des exigences de qualité supérieures aux eaux de baignade. Si elles sont bonnes, toutes les autres le seront : le coquillage a la particularité de concentrer le bon et le mauvais.

Quelle est la situation de l’eau dans le traict du Croisic ?

traict du croisicNous avons la chance d’avoir une intercommunalité, Cap Atlantique, très mobilisée. De grands efforts ont déjà été faits pour améliorer la qualité bactériologique et nous en sommes parfaitement conscients. Sans les supprimer complètement, les pics de pollution et leur fréquence ont été réduits. La plage de La Baule, par exemple, a été classée de C à B. Mais nous restons sous la menace permanente d’une rechute, en particulier en cas de météo défavorable. Malgré les moyens déployés pour équiper les villes de stations d’épuration, la pluie incessante en décembre et janvier a eu des conséquences désastreuses sur l’activité conchylicole : en février, nous avons subi une fermeture de trois semaines car les analyses ont révélé des taux d’Escherichia coli élevés.

Quelles actions aimeriez-vous voir menées pour maintenir un bon état des eaux ?

Il faut surveiller beaucoup plus les assainissements non collectifs et exiger des propriétaires qu’ils se mettent aux normes. Quant aux postes de refoulement, il serait opportun de vérifier qu’ils ne saturent pas. On peut aussi se poser la question de la pression exercée sur le littoral : à force de construire et d’artificialiser le milieu, on accélère la circulation de l’eau qui n’a plus le temps de se purifier naturellement. Nous sommes dans une zone Natura 2000 très fragile : rien que pour cela, il faut en effet faire encore mieux ! Les efforts déjà engagés n’empêchent pas de vouloir aller plus vite et plus loin dans cette reconquête de la qualité des eaux.

À votre niveau, quel rôle pouvez-vous jouer ?

En premier point, un rôle de sensibilisation auprès des élus. À nous de les motiver pour que des actions concrètes soient menées afin de réduire les risques. Du côté de l’interprofession, nous sommes désormais obligés de mener des études d’incidence sur notre activité. Lors du renouvellement d’une concession, l’exploitant doit prouver que sa façon de travailler n’a pas d’impact sur l’environnement. Cela peut s’apparenter à une contrainte mais c’est surtout nouveau et nous allons nous y faire. Dans le traict du Croisic où 1 500 à 2 000 tonnes de coques sont produites chaque année, nous cherchons les financements pour mener une étude afin de connaître avec précision l’impact de notre activité sur les herbiers de zostères – des plantes marines, NDLR – : si les résultats sont mauvais, nous devrons abandonner cette zone. En fait, il faut que chacun prenne conscience qu’il est beaucoup moins coûteux de ne pas polluer que de dépolluer.

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27 mars 2013