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Michel Coudriau, membre du bureau de la Chambre d’agriculture de Loire-Atlantique

“C’est une agriculture à part !”

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Pratiques, contraintes, relations avec le milieu naturel, économie… L’agriculture estuarienne a de grandes spécificités. Elle se trouve aujourd’hui à la croisée des chemins.

Jusqu’ici, il n’y avait jamais eu d’étude spécifique sur l’agriculture des marais estuariens. Pourquoi selon vous ?

Je suis élu depuis six ans à la Chambre d’agriculture où je préside la commission marais et je vois bien les manques et les besoins de ces exploitants qui ont longtemps été délaissés. Ils sont aujourd’hui à un moment clé : l’élevage diminue sur certains marais, ce qui pose la question de l’utilisation de ces espaces. Cela nous oblige à nous en inquiéter. Pour aider les générations futures d’exploitants, il faut désormais mieux comprendre comment tout cela fonctionne. Cette étude arrive donc à point nommé.

Comment les agriculteurs de marais sont-ils considérés par leurs pairs ?

Il s’agit bien d’une agriculture à part : les méthodes sont différentes, le travail y est beaucoup plus lié au milieu, à la nature, aux aléas… On ne peut pas y travailler de façon intensive. Dès l’école d’agriculture, j’ai bien compris qu’il n’était pas très bien vu d’être issu d’une zone humide. Les marais ont une mauvaise image. C’est pourtant une agriculture extrêmement importante dans le département.

L'étude montre l’importance des aides pour les exploitations des marais estuariens. Leur pérennisation est un gros enjeu aujourd’hui…

À ce titre, la réforme de la PAC va être fondamentale. Avec la disparition programmée des primes herbagères agro-environnementales (PHAE), le montant des mesures agro-environnementales (MAE) perçues par les agriculteurs va mécaniquement baisser. Il est pourtant logique que les agriculteurs soient rémunérés par la collectivité pour préserver un milieu fragile comme celui-là. Si les aides diminuent, je crains que cette préservation soit aussi remise en cause. C’est un gros enjeu. D’autant que les intrants sont déjà faibles sur ces exploitations, il n’y a donc pas possibilité de rogner. Nous travaillons actuellement sur une nouvelle MAE liée au pâturage. Ce serait la première fois qu’une aide serait liée au système d’exploitation. C’est la commission marais de Loire-Atlantique qui en a fait la proposition et cela pourrait être une bonne chose.

La transmission des exploitations est également un problème sensible. Comment peut-on le prendre en compte ?

Dans l’absolu, il est déjà difficile de s’installer en tant qu’agriculteur aujourd’hui. Alors s’il y a, en plus, comme dans les marais, de grosses contraintes liées au milieu et une réglementation plus forte, cela rend les choses encore plus compliquées. Je pense qu’il faut s’attacher à mieux former les jeunes, notamment en en parlant dans les écoles d’agricultures. Même aujourd’hui, ce n’est toujours pas le cas. Il faut aussi donner des conseils, accompagner. Le pâturage, les cycles, l’entretien des chemins, des canaux, tout cela s’apprend. Je pense qu’il faut imaginer un système de tutorat pour transmettre le savoir et le savoir-faire.

Pour vous, l’agriculture estuarienne a-t-elle un avenir ?

Bien sûr, je ne vais pas dire le contraire ! Elle a un avenir, à condition d’être aidée et pas trop écrasée par les contraintes.

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16 janvier 2013