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Étude

Quelle agriculture dans les marais estuariens ?

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On connaît sûrement mieux le fonctionnement des marais de l’estuaire de la Loire que l’agriculture qui s’y pratique. Mais une étude approfondie menée par le GIP Loire Estuaire, la Chambre d’agriculture et la DDTM vient apporter de précieux éclairages.

“Lorsque je suis arrivée au GIP, je me suis concentrée sur la mise en place des programmes d’actions sur les marais, explique Nathalie Saur, animatrice Aster Estuaire et marais estuariens. Beaucoup de ces actions concernent les agriculteurs, que nous connaissons mal. D’où l’idée de cette étude.” Début 2012, le GIP a donc décidé de se pencher sur la question et de se rapprocher de la Chambre d’agriculture de Loire-Atlantique, et de la Direction départementale du territoire et de la mer (DDTM). Objectif : mieux comprendre les comportements et les contraintes des exploitants, ainsi que leur relation avec le milieu naturel, afin de consolider les pratiques les plus favorables à la préservation de ces zones humides.

Une première

“Nous avons eu un peu de mal à démarrer, reconnaît Nathalie Saur. La démarche n’est en effet pas courante, surtout à cette échelle.” C’est le périmètre Natura 2000 qui a été retenu comme base de travail. Les données de la DDTM ont permis d’identifier – anonymement – toutes les exploitations avec au moins une parcelle dans le périmètre. “Nous avons ainsi pu dresser une typologie des exploitants : nombre, âge, système de production, distance entre les parcelles en marais et le siège d’exploitation, nombre de vaches, exploitation en gaec ou seul…” Parallèlement, neuf “jurys communaux” ont été organisés afin de rencontrer les agriculteurs, de mieux comprendre et de localiser leurs pratiques, et de définir les spécificités de chaque secteur. “Nous avons réuni une centaine d’exploitants sur un total de 300 sièges d’exploitations, ce qui nous a permis de dresser un panorama fiable.” Mais aussi d’identifier plus précisément leurs problèmes comme les conflits autour de la gestion de l’eau, la lutte contre les espèces invasives, les contraintes des mesures agroenvironnementales…

Différences nord-sud

Les enseignements sont particulièrement intéressants. “L’étude confirme la forte implication des agriculteurs sur ce type de territoire, indique Chantal Deniaud, directrice technique environnement et biodiversité à la Chambre d’agriculture de Loire-Atlantique. Leur forte participation aux jurys communaux le montre bien.” Mais il y a aussi des surprises, notamment les différences de pratiques entre le nord et le sud de l’estuaire. “Au nord, les exploitations sont centrées sur les prairies, plus extensives et tournées vers la production de viande, le sud pratiquant plutôt l’élevage laitier avec des surfaces en cultures plus importantes”, remarque Nathalie Saur. L’étude confirme l’intérêt des mesures agroenvironnementales (MAE) : 78 % des exploitations sont engagées dans des MAE sur au moins une parcelle, un chiffre qui monte à 88 % pour les jeunes agriculteurs. Ces derniers les intègrent d’ailleurs totalement dans la conduite de leur exploitation.

Cinq enjeux

“Au-delà de la connaissance des acteurs et de l’identification des pratiques locales, l’étude a aussi pour intérêt de mieux cerner les enjeux”, souligne Nathalie Saur. Ces enjeux, justement, sont au nombre de cinq, avec en premier lieu le maintien de l’équilibre agroenvironnemental, puisque les pratiques – fauche, pâturage – participent à l’entretien et au fonctionnement des zones humides. Vient ensuite l’importance des MAE dans l’équilibre des exploitations : il s’agit là d’un levier important qu’il faut préserver voire renforcer… En veillant toutefois à mieux faire correspondre MAE et biodiversité. Celles-ci montrent en effet leurs limites dans la préservation de certains oiseaux et mériteraient d’être développées sur la gestion des arbres têtards. Autre enjeu important : la transversalité des actions. Il convient en effet d’améliorer la coordination des différents outils, notamment les contrats territoriaux milieux aquatiques (CTMA) et les MAE. Sans oublier un dernier aspect : le soutien aux professionnels et l’encouragement à l’installation ou à la reprise. On constate en effet qu’une part non négligeable des exploitants est aujourd’hui à la veille de la retraite. “L’objectif de la Chambre d’agriculture est de maintenir sur le territoire une agriculture à la fois rentable et respectueuse de l’environnement, indique Chantal Deniaud. Les marais sont des territoires peu étudiés et très spécifiques. Cette enquête nous apporte une base de connaissance.” Elle a aussi l’avantage de mieux faire connaître cette agriculture si spécifique, indispensable au devenir de l’estuaire et de sa plaine alluviale.

Voir le portrait type de l’exploitant des marais estuariens

Voir l'interview de Michel Coudriau

16 janvier 2013