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Les profils de baignade

Plages sous haute surveillance

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La directive européenne de 2006 impose aux collectivités de tout mettre en œuvre pour préserver la qualité de leurs eaux de baignade. Explications avec Robert Le Gentil, chargé d’intervention littoral à l’Agence de l’eau Loire-Bretagne.

La directive du 15 février 2006 qui remplace un texte de 1976 fixe de nouvelles règles d’évaluation et de surveillance de la qualité de ces eaux. L’objectif : tendre vers plus d’exigences et garantir la santé des baigneurs. “Elle fait notamment évoluer les règles de classement de la qualité des eaux de baignade en quatre catégories – excellente, bonne, suffisante ou insuffisante. Elle introduit également des principes de gestion préventive des risques de pollution via la réalisation de profil de vulnérabilité des plages ou profil de baignade, mais aussi d’information aux usagers”, précise Robert Le Gentil. Ces nouvelles normes qui entreront en vigueur en 2013 ont pour objectif de parvenir à des eaux de qualité au moins suffisante dans toute l’Union européenne en 2015.

Un profil en trois phases

Sur ce point, la réalisation des profils de baignade ou profil de vulnérabilité des plages va notamment permettre aux collectivités de comprendre les risques de pollutions. “La méthode de travail consiste à dresser un état des lieux, à établir un diagnostic et à définir un plan de gestion. L’idée est d’abord de recenser toutes les sources potentielles de pollution puis de les hiérarchiser.” Le profil de baignade s’appuie donc sur une description physique de la plage, la fréquentation, l’historique de la qualité de l’eau durant la période d’ouverture de la baignade, via les suivis réalisés par l’Agence régionale de santé (ARS) – et un inventaire des sources potentielles de contaminations. Au final, les profils se répartissent en trois grands types.

De multiples causes

Les causes de pollution sont parfois bien identifiées et liées à des problèmes d’assainissement, ou à des rejets polluants via les réseaux pluviaux. Mais elles peuvent être aussi très diffuses et complexes à déterminer. “Il faut en effet tout examiner : l’état du réseau d’eaux pluviales, l’assainissement non collectif, la présence d’un poste de refoulement à proximité, d’une zone de camping-car dépourvue de point de traitement des eaux usées…” Le regard peut aussi être porté sur un poste de mouillage, la présence des chiens, des chevaux, parfois des oiseaux. La pluviométrie, l’ensoleillement, la direction et la force du vent sont également pris en compte. Une fois toutes les sources identifiées, il reste à les hiérarchiser, puis, à mettre en place un plan d’action pour préserver la qualité des eaux de baignade ou la restaurer le cas échéant. Certaines causes de pollution particulièrement complexes peuvent nécessiter d’intervenir à l’échelle des bassins versants.

Un outil d’anticipation des risques

Grâce aux profils de baignade, une collectivité connaît désormais les conditions, en particulier météorologiques, susceptibles d’augmenter le risque de dégradation de la plage. “Elle a dorénavant les clés pour comprendre qu’à partir d’un certain niveau de précipitations, le risque de pollution devient conséquent. Plutôt que d’attendre les analyses effectuées par l’ARS, elle a la possibilité de fermer la zone de façon préventive. Bien sûr, cela ne doit en aucun cas la dispenser de réaliser les travaux nécessaires pour éviter ces pollutions !” D’autant qu’elle sait désormais où faire porter son effort pour retrouver la bonne qualité de ses eaux.

Les zones de pêche à pied aussi

Sur certains sites, une problématique pêche à pied vient s’ajouter à celle de la baignade. Les principes du profil ont alors été étendus aux zones de pêche à pied, par définition accessibles toute l’année, de façon à protéger aussi les consommateurs de coquillages. Cette contrainte supplémentaire impose que les eaux soient de qualité suffisante 365 jours sur 365 et non plus seulement lors de la période de baignade, du 15 juin au 15 septembre. Certaines collectivités ont pu bénéficier de l’aide méthodologique et du soutien financier de l’Agence de l’eau. Sur les 74 plages suivies en Loire-Atlantique, elle a en effet subventionné, à hauteur de 50 %, 23 profils dont 9 portent aussi une problématique pêche à pied. “Notre priorité est d’arriver à une reconquête de la qualité de l’eau, nous nous sommes donc attachés à subventionner en priorité les plages où la qualité était la moins satisfaisante”, précise Robert Le Gentil.

Des profils à réactualiser

Les collectivités qui avaient jusqu’au 1er février 2011 pour réaliser les profils de baignade, n’ont pas toutes respecté le délai : si 85 % des profils ont été transmis au préfet et examinés par l’ARS, 15 % sont encore en phase finale de validation. “Il était important de se redonner une politique ambitieuse, ajoute Robert Le Gentil. Les profils de baignade vont permettre de redynamiser une politique de préservation de la qualité des eaux de baignade un peu endormie : depuis 2003, nous n’observions en effet plus d’améliorations significatives. Nous aurons désormais une vue identique de toutes les plages d’un même département.” En fonction de l’état de la qualité de l’eau, les profils devront toutefois être réactualisés tous les deux, trois ou quatre ans. “En étant plus exigeant, on réduit aussi le risque sur la santé des baigneurs et des consommateurs de coquillages.” D’autant plus que la directive impose également une obligation d’information du public.

 

Voir les trois types de profils

Lire l'interview de Thierry Vigile

16 mai 2012