Restauration des milieux aquatiques

La nouvelle donne

En quelques années, l’approche qui prévalait sur l’entretien et la restauration des rivières a totalement changé de cap. Place, désormais, à une intervention beaucoup plus structurée. Explications.

“Avant, on se contentait de mettre les rives bien propres et de faire couler l’eau au plus vite. Aujourd’hui, on s’attache à mieux comprendre le fonctionnement des milieux aquatiques.” Nathalie Saur parle en connaissance de cause. Elle est chargée de mission marais estuariens au GIP Loire Estuaire et vient d’animer la démarche d’élaboration du contrat restauration entretien zones humides (CREZH) des marais Nord Loire.

La rivière… mais pas seulement !

Désormais, trois priorités émergent : la transparence piscicole, le bon état écologique et la fonctionnalité des zones humides. Cela implique de considérer la rivière de l’amont à l’aval, mais aussi ce qui l’entoure car elle entretient de nombreux échanges avec les marais et les anciens bras du lit majeur. Il faut aussi tout prendre en compte : lit, berges, faune, usages… Et convaincre les riverains et remettre parfois en question trente ans de pratiques. “Sans oublier, au démarrage, un gros volet sémantique qui complique tout, insiste la chargée de mission. À quoi correspond la bonne santé de la rivière ? C’est bien de vouloir l’atteindre, mais il faut du temps pour l’expliquer.”

Un programme sur cinq ans

Pour restaurer des milieux aquatiques, on va mettre en place un programme d’actions dans le cadre d’un CREZH. Ce contrat s’étale sur cinq années et repose toujours sur le même principe. Côté rivière, on va travailler sur la renaturation du lit afin de recréer des faciès d’écoulement diversifiés et des connexions latérales. On s’intéresse aussi à la végétation, à la réhabilitation des berges (clôtures, protection) et à l’aménagement des ouvrages afin de rétablir la transparence piscicole. Côté marais, il s’agit principalement d’entretien des douves et de lutte contre les plantes envahissantes.

Transposition du SAGE

Ainsi, le CREZH permet de traduire concrètement l’un des objectifs du SAGE et de viser le bon état des eaux imposé par la DCE. Le tout est généralement piloté par un comité réunissant les acteurs de l’eau du bassin versant. On retrouve d’ailleurs les mêmes intervenants que pour le SAGE : collectivités, administrations, usagers, agriculteurs, syndicats de propriétaires, financeurs. Tout commence par une étude de terrain, très fine, de tout le linéaire : érosion, qualité des berges, lit, végétation, échanges avec les zones humides latérales, faune… Deuxième étape : la définition des enjeux. “Il y en a de plusieurs types, indique Nathalie Saur : ceux qui répondent à la réglementation, ceux qui découlent du diagnostic, et enfin ceux qui correspondent aux attentes des usagers et des collectivités. Il faut croiser le tout !”

Des financements importants

Étape suivante, la définition des scénarios : il s’agit de voir quelles actions mettre en œuvre et pour quel coût. Le programme de restauration est financé par l’Agence de l’eau, le Conseil régional, le Conseil général et des fonds européens. Les aides varient selon la nature des travaux mais elles permettent le plus souvent d’obtenir 80 % de financement public. “Cela dit, la marche est haute pour atteindre le bon état écologique. Il est donc plus raisonnable de filtrer les travaux et de rester réaliste”, souligne Nathalie Saur. Le programme est alors validé par les maîtres d’ouvrage sur la base d’une vision claire de leurs engagements. Pour arriver à ce stade, deux ans se sont écoulés.

Un débat riche et pragmatique

Débute alors le parcours administratif : il faut plus d’un an pour obtenir les autorisations et réaliser l’enquête publique. Des étapes indispensables pour intervenir sur les terrains privés qui bordent la rivière. “Cette année “tunnel” est très difficile à gérer, souligne la chargée de mission. Il faut maintenir l’intérêt de tous les intervenants et montrer aussi que le dossier avance.” Au total, trois à quatre ans sont nécessaires pour faire aboutir la démarche. “Le processus est lourd… Mais, entre les politiques, les techniciens et les usagers, le débat est riche et pragmatique. C’est un cadre de discussion intéressant.”

Plusieurs contrats sur le territoire

Plusieurs contrats de restauration entretien sont déjà lancés sur le territoire du SAGE Estuaire de la Loire : outre les marais Nord Loire, c’est le cas sur Brière-Brivet, Sud Loire, Erdre aval et les annexes de la Loire. Celui du secteur Goulaine devrait également démarrer.


Voir le CREZH des marais Nord Loire
Voir la Prise de conscience
Lire l'interview de Pierrick Bonnet

13 janvier 2012